La fouille s’est déroulée du 13 juin au 29 juillet.
Le prétoire
La poursuite des travaux sur le plan du bâtiment – désormais interprété comme un prétoire et plus particulièrement comme la préfecture maritime de Forum Iulii – a permis de mettre au jour la fermeture méridionale de la grande cour centrale ainsi que les murs du stylobate des portiques sud et est de cette même cour. Des tranchées de reconnaissance ont également mis en évidence trois courts segments de la façade occidentale (déjà repérée au nord-ouest, en 2009), jusqu’au sud de la parcelle. Par ailleurs, une croisée de murs accostés de sols en béton de chaux pauvre située dans la zone la plus méridionale de la parcelle indique que le bâtiment se poursuit bien dans les parcelles privées établies immédiatement au sud.

- Fréjus, Butte Saint-Antoine, tranchée de reconnaissance dans la partie sud du site (cliché L. Rivet, 2011).
Avec une largeur de 66,30 m (non comptée la galerie de façade) et une longueur supérieure à 106,60 m, on peut désormais avancer que la surface de la construction est supérieure à 7000 m2, d’un seul tenant.
En ce concerne la fouille proprement dite, les portiques de la cour secondaire 60 ont fait l’objet de compléments de recherche. Puis l’emprise de la surface fouillée a été étendue vers l’est (Esp. 32) et vers le sud (Esp. 72). Entre le mur de façade nord et le rempart, le sondage ouvert en 2010 a été agrandi (Esp. N-R).
Les traces relatives à l’époque médiévale, entre le Xe et le XIVe siècle, sont omniprésentes sur le site ; il s’agit de terrassements qui ont consisté à excaver des surfaces encloses par les restes de murs antiques ou d’affouillement profonds qui ont fait disparaître le sommet des remblais antiques. Il s’agit aussi du creusement de fosses et de silos et leurs comblements.

- Fréjus, Butte Saint-Antoine, le secteur de la cour secondaire nord ouest (cliché L. Rivet, 2011).
Pour l’époque augustéenne, la fouille a donc abordé deux nouveaux espaces ; les résultats ont concerné les murs de fondation du bâtiment établi sur l’esplanade – ses profondes fondations étant progressivement ennoyées dans des remblais au fur et à mesure qu‘elles sont élevées. Au sud, dans la salle ouverte sur la cour, deux des murs présentent la particularité d’avoir été construits par la même équipe de maçons (même type de moellons, même façon de les jointoyer) ; les remblais antiques ont été profondément entamé par les affouillements de l’époque médiévale. À l’est, un sondage a été implanté dans la grande salle axiale du prétoire, contre le mur occidental, large de 0,74 m, de part et d’autre d’un segment de l’égout collecteur venant de la cour 25 (à l’est) ; au sud du sondage, un sol en béton a été découvert à une vingtaine de centimètres sous le sol actuel ; il était encore en partie couvert des lambeaux d’un pavement de mosaïque à fond noir de tesselles de petite taille, mêlé à un semis irrégulier de crustae avec une bordure (?) géométrique.
L’étude du mobilier céramique issu de ces remblais confirme la proposition de datation déjà émise pour la création de l’esplanade et la construction du prétoire, à savoir dans les années -15/-12.
L’habitat démantelé sous l’esplanade
Le plan de l’habitat préexistant enfoui sous les remblais s’est enrichi de plusieurs murs et espaces aux sols en terre battue et, pour la première fois, d’un sol de béton de chaux à crustae.
Dans l’emprise de la salle située au sud de la cour secondaire, le mur Mk2 (mis au jour en 2010, au nord) se poursuit vers le sud. Une partie de son élévation conserve un enduit de chaux lissée. Son soubassement est composé de pierres de taille moyenne montées à sec. Deux murs de refends liés sur son flanc oriental délimitent trois nouveaux espaces : deux salles aux sols en terre battue au nord (angle de la pièce Se) et au sud (Sn) ; entre les deux, une pièce (Sm) qui montre un béton à incrustation. À l‘ouest, le mur Mk2 pourrait ainsi délimiter une aire ouverte.

- Fréjus, Butte Saint-Antoine, mur de la maison de la première phase (cliché L. Rivet, 2011).
Une partie du squelette de la maison commence donc à s’éclairer avec les découvertes obtenues. Plusieurs pièces, les unes à côté des autres, paraissent être de petites dimensions et se distribuent autour d’un espace ouvert, c’est-à-dire à une cour de faible ampleur (une cinquantaine de m2) au sol en terre battue. À l’ouest de cette cour, le mur de limite s’affranchit des directions orthonormés des autres constructions et marque une rupture dans les niveaux de circulation, ce qui conforterait également cette option s’il remplissait le rôle, en plus d’être une clôture, de contrebuter une terrasse.
Par ailleurs, l’analyse des niveaux de sols pour les secteurs ouest et nord où les vestiges construits sont plus ténus suggère des constructions en terrasse.
La chronologie de cette phase d’occupation romaine repose sur les fragments de céramiques contenus dans les niveaux de sols – les remblais d’assainissement supportant ces derniers n’ayant pas livré d’élément de datation – mais également sous forme résiduelle dans les remblais de construction du prétoire ; elle peut être estimée à une période située entre -40/-30 et -15. Ce sont essentiellement les fragments d’enduits peints récupérés densément à la base des remblais, qui peuvent fournir une datation dans les -40/-30 pour le début de cette première phase d’occupation.















